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Gi Tirolyen - Guy Tirolien (Gwadloup)

Guy Tirolien

 

Gi Tirolyen - Guy Tirolien

(1917 - 1988)

 

Guy Tirolien est né en 1917 à Pointe-à-Pitre, après des études secondaires en Guadeloupe il part pour la France pour poursuivre son enseignement à Louis-Le-Grand puis à l'École Nationale de la France d'Outre-Mer.

Il s'engage ensuite dans le combat de la Négritude , aux cotés de Léopold Sedar Senghor, Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas.

Il découvre le continent africain en tant qu'administrateur colonial au Cameroun, et au Mali, il contribua efficacement au rapprochement entre les Africains et les Antillais. Il y rencontra les Afro-Américains MacKay, Langston Hughes et Richard Wright des membres du mouvement de la Harlem Renaissance.

Guy Tirolien connaîtra la captivité pendant la Seconde Guerre Mondiale aux côtés de Léopold Sedar Senghor.

Il fut aussi représentant de l'O.N.U. au Mali et au Gabon notamment, il a fait une carrière de fonctionnaire international.

Son fameux et très connu poème "Prière d'un petit enfant nègre" est tiré de son œuvre "Balles d'or" aux éditions Présence Africaine qu'il a contribué à fonder. Il signe aussi "Feuilles vivantes au matin" toujours chez Présence Africaine.

 

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Je reconnais mon île et qui n'a pas bougé.
Voici les trois îlots, et voici la grande Anse.
Voici, derrière le Fort les banbandes (1) rouillées
Je suis comme l'anguille flairant les vents salés
Et qui tâte le pouls des courants.

Salut, île ! C'est moi. Voici ton enfant qui revient.
Par-delà la ligne blanche des brisants,
Et plus loin que les vagues aux paupières de feu,
Je reconnais ton corps brûlé par les embruns.

 

J'ai souvent évoqué la douceur de tes plages
Tandis que sous mes pas
Crissait le sable du désert
Et tous les fleuves du Sahel ne me sont rien
Auprès de l'étang frais où je lave ma peine.

 

Salut, terre mâtée, terre démâtée !
Ce n'est pas le limon que l'on cultive ici
Ni les fécondes alluvions.
C'est un sol sec, que mon sang même
N'a pu attendrir,
Et qui geint sous le soc comme femme éventrée.

 

Le salaire de l'homme ici
Ce n'est pas cet argent, qui tinte clair un soir de paye
C'est le soir qui flotte incertain au sommet des cannes
Saoules de sucre
Car rien n'a changé.
Les mouches sont toujours lourdes de vasou (2)
Et l'air chargé de sueur.

 

Guy TIROLIEN, Balles d'or, Présence Africaine

 

1. Banbande : machine de guerre qui servait à lancer des boules ; ancêtre du canon.
2. Vasou : jus de canne à sucre écrasée.

 

Oeuvres principales:

 

Poésie:

 

• Feuilles vivantes au matin . ( nouvelles et poésie ) Paris: Présence Africaine, 1977.

 

• Balles d'or . Paris: Présence Africaine, 1961, 1982.

 

Essais:

 

• De Marie-Galante à une poétique afro-antillaise , entretiens recueillis par Michel Tétu. Paris: Éd. Caribéennes; Québec: GEREF, 1990.

 

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Prière d'un petit enfant nègre (Guy Tirolien)

 

 

Seigneur, je suis très fatigué.
Je suis né fatigué.
Et j'ai beaucoup marché depuis le chant du coq
Et le morne est bien haut qui mène à leur école.

 

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
Faites, je vous en prie, que je n'y aille plus.

 

Je veux suivre mon père dans les ravines fraîches
Quand la nuit flotte encore dans le mystère des bois
Où glissent les esprits que l'aube vient chasser.
Je veux aller pieds nus par les rouges sentiers
Que cuisent les flammes de midi,
Je veux dormir ma sieste au pied des lourds manguiers,
Je veux me réveiller
Lorsque là-bas mugit la sirène des blancs
Et que l'Usine
Sur l'océan des cannes
Comme un bateau ancré
Vomit dans la campagne son équipage nègre...

 

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
Faites, je vous en prie, que je n'y aille plus.

 

Ils racontent qu'il faut qu'un petit nègre y aille
Pour qu'il devienne pareil
Aux messieurs de la ville
Aux messieurs comme il faut.
Mais moi, je ne veux pas
Devenir, comme ils disent,
Un monsieur de la ville,
Un monsieur comme il faut.

 

Je préfère flâner le long des sucreries
Où sont les sacs repus
Que gonfle un sucre brun autant que ma peau brune.
Je préfère, vers l'heure où la lune amoureuse
Parle bas à l'oreille des cocotiers penchés,
Ecouter ce que dit dans la nuit
La voix cassée d'un vieux qui raconte en fumant
Les histoires de Zamba et de compère Lapin,
Et bien d'autres choses encore
Qui ne sont pas dans les livres.

 

Les nègres, vous le savez, n'ont que trop travaillé.
Pourquoi faut-il de plus apprendre dans des livres
Qui nous parlent de choses qui ne sont point d'ici ?

 

Et puis elle est vraiment trop triste leur école,
Triste comme
Ces messieurs de la ville,
Ces messieurs comme il faut
Qui ne savent plus danser le soir au clair de lune
Qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds
Qui ne savent plus conter les contes aux veillées.

 

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école !